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Gestion de la transition : À qui profite un éventuel report des dates des élections ?

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Colonel Assimi Goita, leader of two military coups, is sworn in as interim president during his inauguration ceremony in Bamako, Mali June 7, 2021. REUTERS/Amadou Keita - RC2PVN96WVJH

«Quand on ignore d’où l’on vient, difficile de savoir où l’on va», telle est la description qui conviendrait à la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui cette classe politique en perte de vitesse.

Ayant perdu toute crédibilité aux yeux de la grande majorité de nos populations, il est évident que cette classe politique n’attende pas s’arrêter en si bon chemin. Les succès tant que peu des militaires au pouvoir semblent être une pilule amère difficile à avaler. Mais que faire pour arrêter ces colonels ? Voilà la question que semblent se poser les états-majors des partis politiques. La solution qui semble facile et qui s’offre immédiatement à eux est de voir partir les colonels à la faveur des élections. Ainsi, apparemment, tout simplement être mis en place pour que ces échéances programmées puissent se passer dans le délai imparti.

Toutefois, le paradoxe est que, quoiqu’ils disent, leurs actes trahissent leur parole. D’un côté, ils exigent le respect des délais, de l’autre côté, ils s’investissent d’une certaine façon à mettre le bâton dans les roues de la marche de la transition. Toute chose qui compromet le respect des délais prévus pour la fin de la transition, et pour cause ? Ces responsables politiques ont-ils compris qu’une élection quelle que soit sa nature serait contreproductive pour eux ? Allez- y savoir.

Il n’est un secret pour personne qu’aujourd’hui, parler de politique dans certains milieux s’expose à des regards méprisants. Entre les militaires et les politiques, beaucoup semblent déjà fait leur choix. Il apparaît évident qu’une élection tenue à leur l’heure actuelle, contrairement à ce que beaucoup penseraient, tournerait à l’avantage des colonels. Cela pour un certain nombre de raisons que nous nous permettons d’avancer.

D’abord, comme nous l’affirmons tantôt, le dégoût des citoyens vis-à-vis des hommes politiques qui rend difficile la tâche de mobilisation de ces derniers.

Il est clair qu’aujourd’hui que les politiciens sont en manque d’arguments pour convaincre les populations afin de les mobiliser pour une quelconque élection.

Aucun discours contre cette transition ou contre les militaires ne semble être à même de produire un effet positif. Certes, les défis sont énormes et les attentes de nos populations légitimes, toutefois ces militaires semblent bénéficier de plus de soutiens de la part de cette population, de telle sorte que nous osons affirmer qu’à l’état actuel des choses, une élection quel qu’en soit sa nature serait suicidaire pour les politiques.

Ensuite, le manque de ressources. Comment faire face aux dépenses colossales qu’engendrent les élections quand nous savons que, malgré, c’est de leur droit depuis la prise du pouvoir par les militaires, aucun parti politique n’a bénéfice d’un rond comme financement. Pire, avec la rupture des relations diplomatiques d’avec certains pays qui seraient de potentiels soutiens pour certain, l’apport extérieur semble compromis.

En troisième lieu et non des moindres est la poursuite judiciaire contre certains leaders politiques pour des raisons ou d’autres laissant orphelins leurs partis politiques et pour qui connaît la réalité de la politique malienne, la vie d’un parti politique est essentiellement liée à la personne de son président.

Toutes ces raisons ainsi évoquées nous amènent à penser et à soutenir qu’une élection tenue dans ces contextes serait beaucoup plus favorable aux colonels au pouvoir qu’aux politiques. Nous imaginons ainsi qu’ils en soient réellement conscients et que c’est ce qui expliquerait leurs agissements contradictoires.

D’un côté, ce sont des déclarations va-t-en-guerre contre une éventuelle prorogation de la durée de la transition, en témoignent les récentes déclarations du Cadre des partis politiques pour le retour à l’ordre constitutionnel et de l’autre côté, ce sont des actions savamment mises en œuvre pour freiner la marche de cette transition en l’occurrence leur opposition à tout projet de réforme à la fois constitutionnelle et institutionnelle, condoléances sine qua none pour toutes élections, selon les autorités.

Ce que nous pouvons dire, c’est qu’il serait plus profitable pour les partis de s’inscrire dans la durée, de s’en remettre au temps. Comme dit les sages: «le temps est le maître de tout, si nous demeurons ensemble, tôt ou tard, chacun finirait par se rendre compte des forces et des défauts de l’autre». Cela veut dire, en d’autres termes, qu’à l’état actuel des choses, il est difficile de dénoncer un quelconque acte de la transition sans se faire taxer d’ennemis de la République ou plutôt de la transition. Peut-être qu’avec le temps, le peuple prendra conscience des limites de cette transition et pourrait penser à d’autres alternatives. En attendant, il préférable qu’ils prennent leur mal en patience.

Daouda DOUMBIA

Source: Inter De Bamako

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