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SCANDALE DE LA CAMPAGNE COTONNIÈRE 2022-2023: PLUS DE 50 MILLIARDS DE SUBVENTIONS D’INTRANTS EN PURE PERTE

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Malgré les efforts des plus hautes autorités de la transition, les estimations de production de la campagne cotonnière 2022-2023 ne confortent pas notre pays dans sa place de leader sur le continent. Faute des données fournies par les responsables en charge du secteur au plan national, les experts estiment les récoltes à moins de 400 000 tonnes, soit une chute de près de la moitié comparativement à celles de la campagne précédente évaluées à 760 000 tonnes. Cette contreperformance est commentée comme étant consécutive à la mauvaise clanisme et à la gestion de la CMDT qui peine à communiquer les chiffres plusieurs mois après la clôture de la campagne. Info-Matin a enquêté pour vous.

Les résultats encore tenus secrets dans les coffres-forts par les responsables de la CMDT (Compagnie malienne de développement des textiles) sont très loin de porter les promesses de la campagne cotonnière 2022-2023 des efforts consentis par les plus hautes autorités pour permettre à notre pays de conserver sa place de leader en Afrique. En effet, les prévisions fournies par les experts tant nationaux qu’internationaux ne sont pas reluisantes pour la CMDT qui enregistre une baisse très considérable sur sa production. Une déculottée inqualifiable que les responsables de la CMDT cherchent à dissimuler en se murant dans un silence de cimetière sur les prévisions cotonnières de notre pays.
Lors de la rencontre extraordinaire du Programme régional de protection intégrée du cotonnier en Afrique (PR-PICA), tenue du 14 au 17 novembre 2022 à Lomé au Togo, notre pays, le Mali, était le seul pays membre qui n’avait pas fourni les données sur les résultats de campagne. Un fait inhabituel parce que les prévisions cotonnières de toutes les sociétés cotonnières africaines, notamment pour le Mali, sont arrêtées et connues le 31 octobre, selon plusieurs sources auprès des producteurs de coton. Qu’est-ce qui est à la base de ce retard ?
Du premier rang en Afrique, le Mali se retrouve à la 3e place
Interpelé sur la situation, le PDG de la CMDT, Nango DEMBELE, joint par nos soins, argue qu’à l’époque qu’ils n’avaient pas terminé avec les évaluations. Celles-ci étaient en cours, a ajouté M. DEMBELE. Et aujourd’hui ? Deux mois après, impossible pour le PDG DEMBELE de nous fournir au moins des données provisoires de la production de coton de la CMDT. Malgré tout, il se contente d’infirmer les estimations des experts du Programme régional de protection intégrée du cotonnier en Afrique (PR-PICA) qui classent le Mali à la 3e place après le Benin et le Burkina Faso avec une production de moins de 400 000 tonnes. Comparativement à la campagne précédente, notre pays enregistre une baisse de près de 50% conformément aux évaluations des experts africains.
Or, rien n’empêche à ce jour, selon nos sources, pour la CDMT et même pour le ministère du Développement rural, de faire part des résultats enregistrés parce que les évacuations de coton graine sont totalement terminées aujourd’hui à Bougouni, Sikasso, Koutiala, Fana. Il ne reste qu’une petite quantité à Kita qui terminera aussi en début février, estiment certaines sources.
Pourquoi le retard et ce mystère au tour des prévisions de cette année qui sont de surcroit du domaine public ? Le directeur de la production agricole de la CMDT, Mahamadou KONATE, également contacté par notre journal, ne dira pas plus qui pourrait dissiper l’omerta et l’imbroglio. «Pour le moment, je ne saurais expliquer ce retard. En tous cas, pour le moment, on n’a pas les chiffres exacts. On pourrait avoir les données sûres dans une semaine», a déclaré le directeur KONATE. Les responsables en charge de ce secteur cacheraient-ils quelque chose ?
Info-Matin ne saurait être affirmatif. Et pour cause ? Sans aucun chiffre à avancer, le PDG de la CMDT déclare sans plus de précision des bouleversements dans le classement des pays. Toutes choses qui confirment qu’il est au courant du classement qui fait de notre pays troisième en Afrique, même s’il le rejette, et donc de la plausible baisse de la production cotonnière de sa Compagnie. « Ce qu’il faut retenir c’est la forte baisse de la production attendue dans la sous- région et seul le Benin semble moins atteint », a affirmé M. DEMBELE. Une contreperformance qu’il impute aux dégâts causés sur les productions de coton par des nouvelles espèces de ‘’jassides’’ contre lesquelles ils ne disposent pas encore de traitement.
En effet, si plusieurs rapports confirment que la campagne cotonnière qui s’achève a été marquée par une infestation massive des ‘’jassides’’, selon nos sources, cette situation ne saurait être la seule raison du faible résultat de notre pays. Outre ces insectes, plusieurs sources expliquent la situation par la mauvaise gouvernance au sein de ce secteur entretenue par des responsables dont le PDG lui-même accusé d’encourager la politisation des cotonculteurs en s’interférant notamment dans les élections syndicales des producteurs de coton. Frustrés par cette attitude, nombreux cotonculteurs auraient boudé la culture du coton ou auraient considérablement diminué leur superficie cultivable au profit des céréales.
La subvention de l’Etat a-t-elle servi ?
Un malheur ne venant pas seul, malgré les promesses du gouvernement, la chaine de distribution des engrais aux agriculteurs a tourné au couac. Conséquence, en plus du retard d’approvisionnement, l’insuffisance des engrais ont créé la surenchère. Ainsi, le prix fournisseur complexe coton est de 383 ooo FCFA en 2021/2022 à 620 000 FCFA la tonne en 2022/2023. Pour celui de l’urée, il est passé de 370 000 FCFA à 640 000 FCFA par tonne.
A cause de cette situation, Mamadou SOUMAHORO, un enseignant à la retraite à Kalana a dû revoir ses ambitions à la baisse. « J’avais une ambition de 3 hectares mais faute d’intrants, je me suis limité à un hectare et les deux autres ont été abandonnés dans la nature. Le sac du prix de l’engrais est excessivement cher, puisque nous n’avons pas bénéficié de l’aide de l’État. Les prix des autres pesticides ont triplé cette année. Mes moyens financiers ne me permettent pas de produire les 12 tonnes comme d’habitude », a-t-il regretté.
Pourtant, les autorités en charge du financement de la campagne avaient annoncé lors de la 12e session du conseil supérieur de l’Agriculture tenue le 12 avril 2022 qu’elles allaient injecter 456 milliards FCFA dans le financement de la campagne agricole 2022-2023. « L’Etat fournira 176,2 milliards, les exploitants agricoles 203 milliards et les partenaires financiers 76,4 milliards. Sur ces sommes, 54,9 milliards sont destinés à la subvention des intrants de la production cotonnière pour maintenir le Mali au rang de premier producteur de coton d’Afrique subsaharienne. Un leadership qu’il a arraché en 2021 avec une production de 760 000 tonnes de coton graine. La filière céréales bénéficiera de 15,6 milliards car le Mali veut produire cette année 10,5 millions de tonnes » avait-on fait dire au président de la transition, le Colonel Assimi GOITA.
Les milliards injectés n’ont-ils pas produit leurs effets magiques ? Ou bien ont-ils été jetés par la fenêtre ? Aujourd’hui, dans le Mali Kura tant clamé et revendiqué, le devoir de redevabilité ne doit souffrir d’aucune malice pour rompre avec l’ancien système décrié, à justes raisons, parce que auréolé par de mauvaises pratiques qui ont affaibli l’Etat.
Les effets néfastes de cette contre-performance naturellement affectera notre économie nationale déjà éprouvée par les conséquences des sanctions CEDEAO-UEMOA, la guerre en Ukraine, l’insécurité dans le pays parce que le secteur coton y joue un rôle prépondérant au regard de sa contribution estimée à des centaines de milliards de FCFA par an.
Cette chute impacterait également sur les huileries qui n’auront pas suffisamment de graines et qui, malheureusement, ont monté leurs plans d’affaires sur la base d’une prévision de plus de 700 000 tonnes en contractant des prêts auprès des banques.
Le président de la transition, Assimi GOITA, qui a été berné pour lancer la campagne cotonnière en grande pompe à Koutiala avec la promesse de maintenir notre pays à sa place de champion d’Afrique sera certainement déçu, voire très déçu. Et au moment où notre pays se bat pour influencer le monde régresse dans ce secteur stratégique où sa suprématie était de mise…
Attendons voir.

RÉALISÉ PAR SIKOU BAH

Source : Info Matin

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